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Chef d'entreprise : comment gérer la crise sanitaire, et rester optimiste ?

Je suis dirigeant d'entreprise et en cette période de crise sanitaire je m'interroge sur les différents risques qui pèsent sur mon entreprise. Comment adapter ma stratégie ? Quelles sont les raisons d'être optimiste ?

Comment gérer le risque ?

Thierry Million, directeur des études pour Altarès, livre son analyse de la gestion du risque et de ses conséquences sur les éventuelles défaillances et aborde la question de l'optimisme, de la volonté et de la stratégie en temps de crise.

Dans cette période troublée, y-a-t-il encore des raisons d'être optimiste ?

Il y a de quoi être optimiste mais d'un optimisme lucide. En effet, l'entrepreneur doit en permanence gérer son risque. Or optimisme et risque sont incompatibles lorsque le premier nie le second.

Comment les entreprises ont-elles traversé la crise ?

La crise Covid-19 a impacté toutes les entreprises. Heureusement, beaucoup ont résisté grâce à l'accompagnement fort et rapide des pouvoirs publics. Si près d'un millier d'ETI et grandes entreprises ont bénéficié d'un PGE (Prêt Garanti par l'État), 90% étaient des TPE. Ces dernières ont reçu 44 milliards d'€ sur les 110 accordés. Cette trésorerie a permis aux artisans et commerçants de tenir et faire le dos rond.

À combien estime-t-on le nombre d'entreprises qui n'ont pas résisté face à la crise ?

À la fin du mois de juin 2020, moins de 17 000 entrepreneurs avaient mis la clé sous la porte, c'est encore beaucoup mais c'est tout de même plus de 10 000 entreprises épargnées par rapport aux 6 premiers mois de 2019 ! Cela peut sembler paradoxal au regard de l'ampleur de la crise, mais en réalité - là encore - cela démontre que les entreprises « sous perfusion » depuis le début du confinement ont tenu. Et c'est là un premier point d'optimisme lucide ! La macro-économie est au fond du trou mais l'économie réelle tient. Les entreprises et leurs salariés ont résisté à la plus brutale baisse d'activité qu'ait connu notre économie d'après-guerre.

Comment puis-je me projeter dans l'avenir, en tant que chef d'entreprise ?

Beaucoup d'artisans et commerçants naviguent à vue encore aujourd'hui redoutant que le virus ne puisse toujours pas être rangé au rayon des mauvais souvenirs et compromette dangereusement la seconde partie de l'année. Ce risque ne peut être levé, c'est pourquoi l'optimiste doit rester lucide s'il veut pouvoir se projeter raisonnablement. Plus de 90% des entreprises qui étaient saines en début d'année 2020 seront encore debout en fin d'année. Toutes, probablement, sont dirigées par des audacieux éclairés.

Y a-t-il plus de risque de vouloir lâcher prise ? Est-ce « normal » ?

Éreintés après une année 2019 compliquée (grèves, gilets jaunes...), les dirigeants avaient misé sur un exercice 2020 moins chahuté. Le courage ne manque pas mais l'énergie s'épuise et le confinement n'a été que le révélateur d'un sentiment d'isolement grandissant. À ce stade, le déni guette et fait peser sur l'entreprise un risque de fermeture contrainte pouvant être douloureuse. C'est pourquoi, il faut être attentif à tous les signaux faibles qui amènent au découragement. Chacun a le droit d'arrêter mais cela se prépare. À l'aide de conseils, qu'il s'agisse de proches mais aussi de professionnels, il convient de ne pas perdre de vue les réalités.

Vers quels interlocuteurs me tourner ?

Le banquier est un interlocuteur indispensable. La plupart des microentreprises ont un seul partenaire bancaire, ce dernier connaît bien son client. L'expert-comptable est également un contact à privilégier non seulement pour les questions comptables mais aussi pour le décryptage des aides publiques, notamment territoriales, permettant de trouver de précieux soutiens financiers ou juridiques.

Un autre acteur majeur, et trop souvent oublié, contribue au redressement de l'entreprise, c'est le tribunal de commerce. En effet, nombre des 10 000 entreprises qui ont évité le tribunal ce premier semestre, étaient en réalité protégées par une ordonnance du 27 mars cristallisant la date de cessation de paiement au 12 mars. De façon pratique, une entreprise qui aurait été en cessation de paiement, par exemple au 2 avril n'était plus tenue de déclarer sa cessation de paiement dans les 45 jours suivants. Pourtant, les difficultés étaient bien là et le tribunal est resté à l'écoute des entrepreneurs, même confinés.

Quel regard dois-je porter sur l'activité de mon entreprise en période de crise ?

Le dirigeant a ceci de particulier qu'il doit faire preuve de strabisme. Il doit avoir en permanence un œil rivé sur le quotidien, sur le chiffre d'affaires et la trésorerie et en même temps l'autre œil fixé sur le cap, sur l'objectif à tenir. Il s'agit de gérer ses risques et notamment de nouveaux risques.

Sur quels nouveaux risques dois-je être vigilant ?

Le niveau d'activité est aujourd'hui la jauge la plus scrutée et pourtant plus qu'un chiffre d'affaires en retrait, c'est un chiffre d'affaires non encore rentré qui pèse immédiatement sur les comptes de l'entreprise. Le client livré qui ne paye pas est à l'origine d'une défaillance d'entreprise sur 4.

Or, le risque d'impayé s'accroît fortement en période de crise puis en forte reprise. La première semaine de confinement a été l'occasion d'observer une explosion des incidents de paiement. À ce moment-là, certaines entreprises choisissaient de ne plus payer faute de ne plus pouvoir travailler mais d'autres ne pouvaient plus payer faute de ne pas savoir le faire en phase de confinement. La chaîne de paiement était « administrativement » rompue. Heureusement, les paiements ont commencé à se régulariser dès avril.

Le risque financier est un autre point d'attention indispensable, en particulier sur la question de la dette ou, inversement, de la faiblesse des fonds propres. Outre le manque de liquidités, c'est le risque d'insolvabilité qui a concentré l'attention des préteurs et partenaires commerciaux.

Enfin, le risque commercial, au mieux orienté risque client, a été déplacé soudainement vers le risque fournisseur. Les chaînes d'approvisionnement ont été bloquées. Les millions d'entreprises dont les fournisseurs directs ou de second rang étaient installés à Wuhan ont vite perçu ce risque fort. La propagation du virus a amplifié le risque de rupture de la chaîne sur la planète.